Université Populaire et Citoyenne de Roubaix
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Apprendre de la précarité

En novembre 2010, l’UPC invitait Florence AUBENAS pour parler de précarité. De cette conférence et du séminaire qui l’a suivi, est sorti un Cahier que vous pouvez consulter sur notre site.

EDITO du CAHIER n°29

Par Philippe MACQUET, Membre du Collectif Santé de l’UPC

Reconstruire la santé par la dignité

L’Université Populaire et Citoyenne a pris l’option
d’aborder la santé par le biais de la précarité au
cours d’un débat public le 9 novembre 2010 avec
le témoignage de Florence Aubenas, journaliste et
auteur du « best-seller » Le Quai de Ouistreham .

C’est que précarité et santé ne font pas bon ménage.
Lorsqu’il s’enclenche, le cercle vicieux exacerbe
l’un au détriment de l’autre. Ainsi le glissement
s’opère de la réduction, la perte ou l’instabilité d’un
emploi vers une dégradation des conditions de vie.
L’entraînement vers un surendettement vient saper
les bases d’une insertion et de la vie en commun,
familiale comme relationnelle : la solitude n’est pas
loin. La conséquence se lit dans la détérioration de la
santé globale, « lent détricotage » comme l’expriment
des chômeurs de longue durée lorsqu’ils nous livrent
la confrontation à leur santé dans cette période
douloureuse pour eux. C’est la dimension physique
mais aussi mentale et sociale de la personne qui se
trouve globalement atteinte.

La santé dégradée entretient le maintien dans la
précarité et représente alors un véritable obstacle
aux chemins de réinsertion. Mais cette dégradation
devient elle-même un véritable handicap qui vient
écraser la personne et la conduire à penser qu’elle
en est seule responsable : elle se culpabilise. Car le
chômage et paradoxalement les profits engendrés
par la dérégulation économique sont aux antipodes
d’une politique de santé. Alors que les chemins de
reconstruction de la santé se nomment estime
de soi, dignité retrouvée, confiance en soi et aux
autres, ouverture au monde… Ils supposent que la
politique serve l’Homme !

Comment inverser cette tendance et cheminer vers
cette (re)construction ?

L’enjeu est pour nous Roubaisiens particulièrement
important. En effet, la dignité est fondamentale, elle
se trouve inscrite dans l’universalité des Droits de
l’Homme. Notre constitution en est le garant, comme
Stéphane Hessel nous le redit encore récemment dans
son appel : Indignez-vous ! Avec force, l’Organisation
Mondiale de la Santé l’avance par la Charte d’Ottawa
(novembre 1986) sur la Promotion de la santé,
« […] les conditions et ressources préalables sont en
matière de santé : la paix, un abri, de la nourriture et
un revenu. Toute amélioration du niveau de santé est
nécessairement ancrée dans ces éléments de base
 ».

La dignité, l’Homme la conquiert par sa créativité,
d’autant plus lorsque le regard de l’autre la reconnaît ;
par son appartenance sociale ; grâce à l’accès à un
revenu décent, à la possibilité de disposer d’un toit
et d’un couvert : ces conditions fondamentales vont
lui faciliter l’exercice de la plénitude de son humanité :
aimer et pouvoir être aimé.

La précarité nous interpelle donc sur la question des
inégalités de santé. Vous découvrirez dans ce cahier
une « offre publique de réflexion » qui abordera aussi
deux autres points majeurs : l’accès aux soins d’une
part et la possibilité de vivre bien dans la cité, fût-on
malade ou handicapé d’autre part.

Nous y ajoutons la question d’autres formes
d’inégalités notamment à caractère social, méritant
que nous renforcions le constat et l’analyse de la
situation, pour avancer ensemble sur ce terrain difficile
à partir de propositions : paradoxalement, quels sont
nos atouts ? À Roubaix, inégalités sociales de santé
riment aussi avec solidarité et surtout fraternité !

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